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Témoignage d'un-e anticapitaliste : le vol politique, un outil de lutte intéressant.


Pour cette interview tu as choisi d'être anonyme pour des raisons évidentes de sécurité mais également pour des raisons politiques : tu ne souhaites pas que ton genre, ton âge, ou d'autres caractéristiques qui ne sont pas utiles au sujet prennent une place dans la tête des personnes qui vont te lire.

Question : Qu'est-ce que tu appelles "vol politique" et pourquoi le pratiques-tu ?

Pour moi, le vol politique, c'est le fait de voler un produit, ou d'utiliser un service sans le payer, soit parce-que l'organisme ou la personne qui en profite est un-e oppress-eur/euse (exploitation salariale, exploitation des autres animaux, production polluante non-nécessaire etc...) et qu'on a pas envie de l'encourager financièrement, et/ou que le prix du produit/service est clairement élevé pour des raisons capitalistes et classistes (mettre de côté les personnes précaires et faire de l'oeil aux personnes riches, ou viser une croissance exponentielle dans le but de devenir ultra-privilégié-e sans redistribuer les richesses, par exemple).

Dans la pratique, le vol politique ça peut se traduire par :
- Le vol à l'étalage.
- La fraude dans les transports en commun.
- La fraude dans les parkings payants.
- Vivre dans un logement inoccupé et détenu par des capitalistes et/ou par l'Etat (squat).
- Prendre les invendus dans les poubelles des magasins (même si ce n'est pas toujours du vol en fonction d'où se trouvent les poubelles)
- Voler des trucs sur des installations publics, des chantiers de projets capitalistes, des lieux oppressifs...
Et plein d'autres trucs encore...

Personnellement je pratique le vol politique pour plusieurs raisons :

La principale, c'est que je ne souhaite pas être obligé-e de travailler 35h/semaine ou de faire des jobs hyper capitalistes pour pouvoir payer mes factures essentielles et participer au financement des produits/services/projets d'organismes militants et/ou plutôt éthiques.

Dans notre société actuelle, c'est soit tu bosses dur en participant à la croissance, la sur-production, et la pollution évitable, et t'as accès à des trucs durant les quelques heures par semaine pendant lesquelles tu peux en profiter, soit tu bosses pas beaucoup ou pas du tout pour profiter de ta vie et participer le moins possible au capitalisme qui détruit tout, et dans ce cas là, il faut que tu mettes en place des techniques pour ne pas être en mode survie. Et pour moi, le vol politique en fait partie.

La deuxième raison c'est que je pense qu'il est stratégiquement pertinent de voler des produits qui sont actuellement conçus de manière pas éthiques mais qui pourraient l'être, ou d'utiliser les services d'organismes oppressifs sans les payer, parce-que premièrement, ça permet de ne pas se priver de choses utiles ou parfois même juste plaisantes tout en économisant de l'argent qu'on peut ensuite reverser à des organismes militants et/ou davantage éthiques. Et deuxièmement, ça permet d'infliger un peu de dégâts économiques aux organismes oppressifs, ou au minimum, un manque à gagner.

Question : Depuis combien de temps pratiques-tu le vol politique ?

Ça faisait déjà plusieurs années que je volais de temps en temps dans les magasins quand je voyais qu'il y avait moyen de se faire une petite auto-réduction, mais c'était pas vraiment réfléchi au niveau politique. Du coup, on va dire que le vrai vol politique, ça doit faire environ 6 mois.

Question : Tu parles de voler des produits qui sont actuellement conçus de manières pas éthiques mais qui pourraient l'être et d'utiliser les services d'organismes oppressifs. Peux-tu nous en dire plus ce que tu décris comme tel ?

Quand je dis ça, je parle de tous les produits/services qui ne sont pas oppressif de base, mais qui actuellement, sont produits de manière oppressive.

Par exemple un produit végétal ou chimique (qui n'est donc pas d'origine animale), mais qui est actuellement conçu via de l'exploitation salariale : par exemple, du chocolat, des bananes, du sucre, du riz, des avocats... quand ces produits ne sont pas issus du commerce équitable.

Ou alors même des produits végétaux conçus de manière éthique mais qui sont vendus par des organismes spécistes ou qui ont recours à l'exploitation salariale : par exemple, des fruits bio et français dans un magasin qui vend aussi des produits spécistes et/ou qui exploite ses salarié-e-s.

Après, étant donné que ce qu'on peut considérer comme "éthique" dans notre société actuelle, c'est rarement 100% éthique vu qu'on est encore dans un système capitaliste, spéciste et oppressif en beaucoup d'autres points... ça impacte quasiment toujours un minimum ce qui s'y crée. Du coup, tout le monde ne mettra peut-être pas la limite au même endroit, et c'est normal.

Question : Est-ce que tu veux dire par là que consommer des produits/services spécistes sans les payer, ça peut-être acceptable selon toi ?

Là encore, ça dépend ce qu'on appelle "produits spécistes". Si on parle du corps des autres animaux ou des produits/services obligatoirement liés à leur exploitation (oeufs, lait, miel, poils, plumes, équitation, zoo, aquarium, etc...), c'est inacceptable d'en consommer, même si on les a pas payé.

Et ça s'explique parce-que le problème éthique concernant ces produits/services là, c'est pas la manière dont ils sont produit, mais ce sont les produits/services en eux-même. Dans une société antispéciste, ces produits/services là n'existeraient pas, car il est impossible de produire ces trucs sans opprimer les autres animaux : sans bafouer leurs droits fondamentaux.

Mais par contre si on parle de produits végétaux ou chimiques pour lesquels d'autres espèces animales ont été utilisées durant le processus de fabrication, par exemple, les canards et canes exploité-e-s dans les risières, les singes et guenons exploité-e-s pour ramasser des noix de coco, les chien-ne-s exploité-e-s pour trouver des truffes, ou les tests sur les autres animaux, là c'est différent : on pourrait tout à fait produire ces produits sans faire intervenir de force des personnes d'autres espèces, du coup, c'est uniquement la manière dont ils sont conçus qui pose problème. Les voler et les consommer ça revient à consommer des produits qui ne sont pas fondamentalement oppressifs, tout en infligeant des dégâts économiques aux organismes qui les rendent actuellement problématiques. Pour moi donc c'est acceptable éthiquement, et pertinent stratégiquement.

Question : Qu'est-ce que tu voles le plus souvent ? :

Le plus souvent, je me fais des auto-réductions dans les magasins bio où je fais mes courses. Comme la majorité des magasins bio, ils vendent aussi des produits spécistes, donc ça me pose pas de problème de leur faire perdre de l'argent.

Du coup je vole des fruits, des légumes, mais aussi des produits pas très éthiques que j'aurai jamais acheté sinon, genre des produits vegan emballés dans du plastique ou des fruits/légumes qui sont pas labellisés commerce équitable. Je paye une partie des produits éthiques et je cache le reste dans mon sac à dos ou dans mes cabas, sous mes sacs à vrac. Souvent il n'y a pas d'agent-e-s de sécurité, et jusqu'ici, j'ai jamais vu les caiss-iers/ères demander à des gens d'ouvrir leur sac pour les vérifier.

Question : Est-ce que tu te places des limites ? Certains magasins ou  certaines personnes que tu te refuses de voler ?

Oui, je me suis fixé des limites éthiques évidemment.

Déjà, je ne voles pas à des particul-iers/ères, je vole uniquement à des organismes (entreprises, institutions etc...) parce-que je me met à voler des particul-iers/ères, comme il est difficile de savoir exactement à qui on vole, je pourrais me retrouver malgré moi à voler des personnes déjà victimes du capitalisme... Et c'est également plus difficile pour une personne de subir des vols dans ses affaires personnelles que pour un groupe de personnes d'en subir dans leur magasin. Les magasins savent bien qu'il y aura des pertes et des vols, c'est la routine.

J'évite aussi de voler dans des petites boutiques ce que je peut voler dans des magasins appartenant à des grands groupes capitalistes. Pour moi, les grandes entreprises qui exploitent et s'enrichissent sur le dos de tout le monde méritent davantage de subir des vols que les petites entreprises composées d'une ou deux personnes qui essayent juste d'obtenir un salaire décent sans vouloir devenir ultra-capitalistes.

Je ne vole pas non plus dans les magasins vegan tenus par des personnes antispécistes. Au contraire, quand iels ont des produits éthiques, j'essaye de les acheter chez elleux plutôt que dans des magasins spécistes, pour les soutenir et les aider à se développer.

En résumé, quand je rentre dans un magasin, si je vois des oeufs, du miel, ou des produits laitiers, ou encore d'autres produits spécistes, et que c'est pas une petite épicerie, je ne me gêne pas pour voler ce dont j'ai envie ou besoin. Ça me fait économiser de l'argent que je peux mettre ailleurs, et ça en enlève un peu aux oppress-eurs/euses qui se font du fric sur l'exploitation des autres animaux.

Question : T'as déjà été attrapé-e ? Si oui, tu peux nous raconter comment ça s'est passé ?

Oui, mais il y a très longtemps. À l'époque je pratiquais pas encore le vol politique et j'avais pas vraiment de connaissances au niveau des techniques anti-vol des magasins. C'était dans un hypermarché, j'étais parti seul-e, je voulais voler des trucs utiles que j'avais pas envie d'acheter. J'avais été cherché dans les rayons un bout de lame de cutteur, j'avais ouvert avec les emballages des trucs que je voulais prendre en faisant genre de fouiller dans les rayons. J'ai mis les produits dans mon sac et j'ai caché les emballages dans les rayons. Avec les caméras, la sécurité a vu mon comportement suspect, et quand j'ai passé le portillon de sortie sans achat j'ai entendu dans le talkie-walkie de l'agent de sécu "attrape la personne qui vient de passer". Il m'a appelé-e, je me suis stoppé-e net de peur, il m'a emmené-e dans le PC Sécurité, et m'a dit de vider mes poches et mon sac. Il m'a demandé mon identité, j'ai donné ma carte navigo. Il a noté mon nom et ma date de naissance dans un grand carnet où il répertoriait toutes les personnes qui avait été attrapées pour vol à l'étalage dans le magasin. Ensuite il est parti et m'a laissé là pendant environ 40 minutes, seul-e, dans cette espèce de cellule... Après ça, un autre mec de la sécu est arrivé, il m'a dit qu'il fallait que je paye les articles. J'avais pas d'argent sur moi (grosse erreur), et il y en avait pour une trentaine d'euros. J'étais mineur-e donc il m'a dit qu'il fallait qu'il appelle mes parents. J'ai négocié pour qu'il ne le fassent pas, et il m'a dit, que dans ce cas là, il fallait que j'aille chercher l'argent chez moi et qu'ils garderait mes affaires personnelles en attendant. J'ai fait l'aller-retour, il me manquait 3 euros je crois, du coup j'ai demandé à des gens sur le parking du magasin. J'ai un peu galéré, mais au final j'ai réussi à récolté l'argent. Je suis retourné au PC Sécurité, j'ai payé les articles et le mec de la sécu m'a rendu mes affaires.

Question : C'est quoi les lieux où tu préfères voler ?

Pour la nourriture : les petits magasins qui appartiennent à des grosses entreprises capitalistes et spécistes où il n'y a pas d'agent-e-s de sécurité. C'est facile de voler parce-que les employé-e-s ont d'autres choses à faire que de surveiller les vols. Et même si il y a des caméras, il y a rarement quelqu'un-e derrière les écrans. Et puis vu que ce sont des grosses entreprises capitalistes et spécistes, je trouve ça pertinent de leur faire perdre un peu d'argent plutôt que de leur en donner.
Et j'ai évidemment une préférence pour les magasins Bio : quitte à avoir des trucs gratuits autant éviter de manger des pesticides chimiques.

Et pour les autres trucs qui ne se mangent pas : les magasins de bricolage ou les jardineries où il n'y a pas d'agent-e-s de sécurité.

Pour le papier toilette, c'est chaud de le voler en magasin vu que c'est très volumineux, du coup je demande à utiliser les toilettes en passant devant les restaurants spécistes et arrivé là-bas, je prend soit directement des rouleaux si ils sont à portée de main, soit je tire du papier toilette depuis le dérouleur en évitant de faire trop de bruits.

Question : C'est quoi ta technique de vol préférée ?

J'aime bien arriver dans les magasins avec un sac à dos pas trop vide sur le dos et un cabas dans la main avec un truc au fond du sac : un sweat ou des sacs à vrac. Truc important, j'y vais jamais en voiture et si je paye quelque-chose, j'évite d'utiliser ma carte bleu, parce-qu'il est déjà arrivé que des gens soient convoqué au tribunal pour vol à l'étalage après avoir été identifié-e-s sur les enregistrements vidéos à cause de leur plaque d'immatriculation notamment. Si il n'y a pas d'agent-e-s de sécurité à l'entrée ou qu'on ne me fouille pas mes sacs, déjà ça donne une bonne indication sur la faisabilité du truc...

Ensuite, je me balade un peu, puis je mets les produits discrètement dans le cabas. Si on me voit mettre des produits dans mon sacs, on s'attend à ce que j'aille en caisse à la fin, et donc c'est mieux qu'on ne me voit pas faire. Quand on est plusieurs c'est mieux, car c'est plus facile de boucher les angles de vue des employé-e-s ou des caméras.

Quand les produits sont dans le sac, soit il n'y a pas d'agent-e-s de sécurité et dans ce cas, je me balade dans les rayons en observant discrètement le moment où les employé-e-s sont occupé-e-s en caisse et je sors tranquillement à la "sortie sans achat".

Soit il y a des agent-e-s de sécurité et dans ce cas là, j'entoure le sweat ou les sacs à vrac autour des produits sans les sortir du cabas, et à un moment, je fais comme si je mettais mon vêtement ou mes sacs à vrac dans mon sac à dos.

Du coup, aux caméras, ça fait pas trop suspect, et quand il y a des agent-e-s de sécurité, j'achète quelques-uns des produits éthiques dont j'ai besoin pour éviter de passer par la "sortie sans achat", qui est, rappelons-le, la zone la plus surveillée de tous les magasins ! haha

Et si je passe à la caisse, j'enlève mon sac à dos et je le pose dessus comme si j'allais sortir des produits de mon sac pour les payer ou alors le montrer à l'employé-e de caisse pour qu'ilèle voit qu'il n'y a rien dedans. Je ne leur montre pas vraiment, juste je le pose ouvert et les sacs à vrac ou le sweat recouvre les produits dans mon sac. Je fais surtout ça quand je sens que les agent-e-s de sécurité sont aux aguets, comme ça, ça balaye un peu les soupçons si jamais iels m'avaient vu mettre quelque-chose dans mon sac, ou qu'iels ressentaient l'envie de fouiller mon sac à la sortie.

Question : Le vol politique s'apparente un peu à un prolongement de la consom'action (consommation de produits éthiques pour les encourager). Est-ce que pour toi ce sont des moyens de lutte efficace ?

Seuls, évidemment que non. La consom'action accompagnée du vol politique c'est déjà plus efficient que la consom'action seule, mais dans notre système, ça ne suffira pas à faire tomber les oppress-eurs/euses.

Par contre, pour moi, c'est quand même un truc à faire, parce-que ça permet d'économiser de l'argent en l'enlevant aux personnes oppressives, et ensuite, on peut le redistribuer aux personnes militantes qui souvent, en ont grandement besoin.

Question : Souhaites-tu ajouter quelque-chose pour celles et ceux qui te liront ?

Si vous le pouvez, volez aux oppress-eurs/euses pour donner aux activistes, mais surtout, rencontrez-vous, devenez activistes, formez-vous, organisez-vous et passez à l'action directe, parce-que ni la consom'action ni le vol politique, ne seront suffisant-e-s pour mettre fin aux oppressions systémiques actuelles.


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