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[PARIS] L'action des Gilets Jaunes aux Molières : La vidéo de l'action, leur discours convergent, et leur communiqué post-action.


___ 15/05/19 ___

Communiqué après l'action aux Molières : "Nous, Gilets jaunes intermittent.e.s / chômeur.euse.s / précaires, prenons nos décisions collectivement. Nous n’exprimons pas un point de vue personnel, c’est pourquoi nous avons décidé de répondre aux questions qui nous sont parvenues suite à notre intervention lors de la cérémonie des Molières, lundi 13 mai, sous forme de communiqué plutôt que sous formes d’interviews nominatives.

Gilets jaunes depuis les premiers actes, présent.e.s tous les samedis dans la rue, nous nous sommes réuni.e.s en AG autour de nos conditions d’intermittent.e.s, chômeur.euse.s et précaires et avons structuré un cortège commun présent à chaque Acte, que nous invitons chacun.e à rejoindre. Nous avons envoyé des représentant.e.s à l’AG des AG des Gilets jaunes de Commercy et de Saint-Nazaire pour porter des revendications liées aux réformes sur l’assurance chômage (c'est quatre milliards d’économie que le gouvernement souhaite mettre en place sur trois ans). Pour l’instant, aucun accord n’ayant été trouvé entre les syndicats et le patronat, le gouvernement a donc repris la main. Nous avons décidé de porter, au sein des AG gilets jaunes, la question trop méconnue de l’assurance chômage. Nous avons aussi mené des actions, par exemple à la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bobigny lors de la visite de la Ministre du Travail Muriel Pénicaud. Et nous ne nous arrêterons pas.

Nous sommes structurellement confronté.e.s à la précarité. Nous savons que plus on précarise les chômeur.euse.s, plus on précarise les emplois. Et plus on touche au régime général, plus le régime de l’intermittence est fragilisé, par répercussion future. S’en émouvoir aujourd’hui, c’est faire comprendre au gouvernement qu’on ne précarise pas impunément les gens, et que nous ne sommes pas prêt.e.s à nous désolidariser les un.e.s des autres. Cet aspect de notre discours a été très peu repris par les médias, qui ont préféré ne souligner que le passage sur les coupes budgétaires dans les subventions de la culture. La lutte pour la sauvegarde de l'assurance chômage et du régime des intermittent.e.s n'est pas un détail, c'est une étape majeure dans le combat contre l’entreprise de destruction des solidarités menée par le gouvernement et le MEDEF. Dans ce pillage organisé, nous avons toutes et tous à perdre.

Il était très important pour nous d’être présent.e.s à cette cérémonie des Molières. Prenant acte de la tribune « Nous ne sommes pas dupes », et partant de notre envie de « gilet-jauner » le milieu de la culture, encore trop frileux face à ce mouvement, nous nous sommes présenté.e.s à vous, ce lundi 13 mai, au Théâtre des Folies Bergère. Ceci n’était pas une « prise en otage » comme l’affirme France Télévisions, mais simplement la prise d’un temps de parole médiatique qu’il nous aurait été impossible d’obtenir par la voie officielle. En attestent les sifflets et huées qui nous ont été retournés quand nous avons évoqué la politique répressive du gouvernement Macron qui empiète gravement sur nos libertés, dont celle de manifester. Il nous a paru important de faire entendre, dans ce lieu de pouvoir, une parole de résistance.

Certain.e.s d’entre nous font partie du milieu du théâtre, alors nous avons voulu nous inviter à cette cérémonie, à laquelle certain.e.s ont déjà assisté et qui réunit beaucoup de têtes dirigeantes du milieu culturel. Nous ne sommes pas d’accord avec celles et ceux qui pensent que « ce n’est pas le lieu pour parler de ça ». Nous espérons que cette initiative permettra que le soutien du monde artistique aux Gilets jaunes puisse grandir et se développer.

Nous savions qu’il y aurait un différé de retransmission et que nous serions certainement coupé.e.s au montage, mais nous avons appris à compter sur nos propres moyens de communication. Nous ne pensons pas devoir demander d’autorisation officielle pour nous présenter devant un parterre de gens qui sont nos collègues de travail passé.e.s, présent.e.s et futur.e.s. Le champagne ne nous irrite pas la gorge, c’est l’individualisme de certain.e.s qui nous reste en travers. France 2, télévision publique, peut jouer de son pouvoir de censure, mais notre message est trop clair pour être ignoré.

En tant que Gilets jaunes, nous luttons pour plus de justice sociale, plus de justice fiscale, pour plus de démocratie, contre Macron et son monde. Et pas seulement dans le milieu de la culture, bien que nous évoluions dedans.

Nous invitons le plus grand nombre à nous rejoindre, et à « gilet-jauner » cet été les festivals, lieux et événements qui préféreraient s’en passer.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Gilets jaunes intermittent.e.s / chômeur.euse.s / précaires."

___ 13/05/19 ___

 Vidéo 

 

Texte lu durant l'action : "Mesdames messieurs, Bonsoir,

C’est avec une conviction acharnée que nous, gilets jaunes, intermittentes, intermittents, chômeuses, chômeurs, précaires, tenions à être présentes et présents ce soir, et que nous avons ainsi tout fait pour parvenir jusqu’à vous.

En effet, dans ces temps incertains, il devient de plus en plus difficile de vivre décemment de son art ou de son savoir-faire, et de bénéficier du chômage quand nous n’avons pas d’emploi. Et il y a quelques mois, notre gouvernement nous a annoncé sa volonté de faire encore quatre milliards d’euros d’économie sur notre dos, nous peignant dès lors un avenir encore plus incertain et miséreux.
C’est pour ces raisons que nous désirions viscéralement participer à cette cérémonie pour, nous aussi, décerner deux prix spéciaux. Deux Molières : un digne Molière d’honneur aux oublié·e·s de nos cérémonies officielles et un bien triste Molière de déshonneur.

D’abord notre Molière d’honneur.

Nous voudrions que celui-ci s’adresse aux très nombreuses et nombreux techniciennes, techniciens et artistes qui ne parviennent pas à bénéficier du régime de l’intermittence ou qui le perdront dans quelques mois. Car oui, ici, on le sait tous et toutes sans vraiment en parler, notre art repose sur ces multitudes de précaires, ces gens qui font la chasse aux petits boulots, aux cachets comme on dit entre nous.

Ici c’est donc bien l’art et les artistes que l’on célèbre en grande pompe ! Mais quelle ironie que d’assister à tout ce décorum, ces dorures, ce champagne pour rentrer chez soi plus tard dans son 10m2, le frigo vide parce qu’on nous retire tous nos droits.

Alors, donc oui, nous parlons de CHEZ les techniciennes, techniciens et artistes dans la galère, POUR les techniciennes, techniciens et artistes dans la galère, POUR les chômeuses et chômeurs attaqué·e·s par le gouvernement, les gens qui ont le frigo vide le quinze du mois, celles et ceux qui n’ont même pas de frigo, celles et ceux qui sont privées d’emploi parce qu’ils et elles sont noirs, trans, gays, lesbiennes, ou handicapés, ou tout simplement trop femmes, trop elles, trop eux. C’est à elles, à eux, à nous, que revient ce Molière d’honneur ! Qu’il nous rende la dignité qu’on voudrait nous ôter !

Maintenant le Molière du déshonneur !

Incontestablement et à l’unanimité du jury, il revient en premier lieu à monsieur Macron et à son gouvernement. Monsieur Franck Riester, ici présent ce soir, vous en êtes le représentant.

Nous vous remettons le Molière du déshonneur parce que vous participez à cette grande fête, et en même temps vous coupez partout dans les budgets de la culture.

Nous vous remettons le Molière du déshonneur parce que vous logez au sein de votre gouvernement un monsieur Castaner. Monsieur Castaner qui, depuis des mois, donne l’ordre à la police de tout mettre en place pour empêcher une partie du peuple français de manifester, sans scrupule aucun pour toutes et tous les estropié·e·s d’une grenade ou d’un tir de flashball. Aujourd’hui, en France, il devient difficile d’aller manifester sans avoir, logées au fond du cœur et de la cervelle, toutes ces images de violences policières qui circulent et terrorisent. Alors, incontestablement, ce Molière du déshonneur vous revient pour cette grave et inconsolable atteinte à notre liberté.

Cette fois-ci, c’est acté, c’est proclamé publiquement par vingt mille artistes en soutien aux gilets jaunes : plus personne n’est dupe dans cette affaire.

Pour reprendre leurs mots d’ordre, nous ne sommes pas dupes.

Non.

Nous sommes déterminé·e·s à changer le système incarné par monsieur Macron.
Comme le dit notre appel national des gilets jaunes, acté à Saint-Nazaire, le 7 avril 2019, nous sommes solidaires de toutes les luttes et nous appelons à les amplifier.

Mesdames et messieurs les techniciennes, techniciens et artistes, présents et présentes ce soir, ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! Allons gilet-jauner nos festivals cet été !

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.

Merci."

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