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Être en couple avec un-e spéciste, est-ce possible ?


C'est une situation que l'on croise assez souvent dans la lutte antispéciste lorsqu'un-e humain-e décide d'arrêter de participer à l'oppression systémique spéciste alors qu'ilèle est en couple avec un-e humain-e qui souhaite, ellui, rester un-e oppress-eur/euse.

Voici le genre de témoignage qu'on peut régulièrement entendre :

"Je suis devenu-e vegan, mais je suis en couple avec un-e carniste qui dit ne pas aimer la cuisine végétalienne, et ça me gêne de plus en plus de cuisiner des corps, des ovules et du lait maternel volé pour elle/lui.

Cependant, je ne souhaite pas qu'ilèle devienne vegan, car c'est ma vision des choses et je ne veux rien lui imposer.

Auriez-vous des conseils pour nous aider ?"


Lorsqu'on est déjà antispéciste, ce genre de témoignage est assez énervant, surtout le passage "c'est ma vision des choses (...) je ne veux rien lui imposer", car on a déjà pris conscience que la première personne qui impose des choses à d'autres c'est bien celle/celui qui impose l'exploitation et la mort aux autres animaux, et pas celle/celui qui dit à l'oppress-eur/euse d'arrêter d'oppresser.

Cependant, lorsqu'on devient vegan et qu'on est au début de notre déconstruction vis à vis du spécisme (et donc qu'on est pas encore antispéciste), on peut facilement se retrouver dans la situation de cette personne qui témoigne.

Ajouté à cela, le fait d'être antispéciste dans notre société est encore beaucoup présenté comme un mode de vie individuel (veganisme) et non comme une lutte politique (antispécisme), et étant donné qu'en tant qu'antispécistes nous ne subissons pas l'oppression systémique que nous combattons, on peut rapidement oublier que dominer les autres animaux est un acte politique, et que s'y opposer en est un autre.

En effet, refuser, autant que faire se peut dans notre société actuelle, de participer à l'oppression systémique que subissent les autres animaux, en consommant vegan, est un acte politique.
Certes, il ne l'est que si nous le faisons pour ne pas empiéter sur les droits fondamentaux des autres animaux, et pas uniquement pour notre santé et l'écologisme.
Et certes, c'est un acte stratégiquement peu efficace si il n'est pas accompagné d'actions militantes ou activistes visant à créer un réel changement sociétal.
Mais c'est un acte politique quand même, et pas un choix personnel dénué de convictions.

Du coup, les oppress-eurs/euses qui pensent qu'il est acceptable de dominer les autres animaux, soit par habitude / confort / conviction, font partie, de fait, de nos opposant-e-s politiques.

Dans la lutte antispéciste, nous nous battons pour les droits d'autres personnes que nous-même et nous faisons partie de la classe des privilégié-e-s / oppress-eurs/euses, c'est pourquoi, selon moi, certain-e-s ne se rendent pas compte de leur positionnement politique et du positionnement politique des spécistes.

Si nous étions les victimes de cette oppression systémique et que nous l'avions conscientisé-e, il y aurait peu de chances qu'on puisse rester ami-e, et encore moins en couple, avec un-e de nos oppress-eurs/euses et que nous nous mettions à demander aux autres résistant-e-s de nous aider à trouver des astuces pour faire "fonctionner" cette relation de domination oppressive.
En transposant la situation aux autres luttes animalistes, on peut facilement voir que si nous étions la victime, la question ne se poserait probablement pas :

Un-e activiste féministe, qui lutte donc contre le Patriarcat et le Sexisme dont elle est victime, ne pourrait probablement pas rester en couple avec un patriarche qui souhaite continuer à l'opprimer.

Un-e activiste antiraciste, qui lutte donc contre le Racisme dont ilèle est victime, ne pourrait probablement pas rester en couple avec un-e raciste qui souhaite continuer à l'opprimer.

Tout ça pour dire que malheureusement, si votre ami-e actuel-le est un-e oppress-eur/euse, et qu'ilèle ne veut pas arrêter d'opprimer les personnes que vous défendez, chercher un "compromis" ne sera pas possible sans redevenir vous-même un-e oppress-eur/euse.

Soit l'oppress-eur/euse accepte d'arrêter d'opprimer, soit l'allié-e, c'est à dire, vous, redevient un-e oppress-eur/euse en s'engageant à aider l'autre à continuer d'opprimer.

Évidemment, lorsqu'on lutte pour les droits d'autres personnes, il n'est pas toujours facile d'effectuer des changement aussi importants qu'affirmer sa position politique au risque de créer un conflit avec les personnes qu'on apprécie,
ou pire, mettre fin à une relation de longue durée (amicale ou amoureuse).

Qu'on le veuille ou non, notre position de privilégié-e (qui ne subit pas cette oppression systémique) nous pousse parfois à faire des choix autocentrés au dépend des personnes que l'on souhaite pourtant aider.

Mais il est évident aussi qu'il ne serait pas correct que ce genre de choix soient systématiques et encore pire, revendiqués fièrement, si nous voulons être des allié-e-s efficaces pour les résistant-e-s.

En conclusion, il ne m'appartient pas de vous dire quoi faire de vos relations avec des personnes oppressives, mais je souhaitais juste par cet article, rappeler à celles et ceux qui l'oublient parfois, que s'opposer à une oppression systémique est politique et, du coup, ne peut pas être totalement séparé de sa vie personnelle, amoureuse, ni même professionnelle, et qu'en prendre conscience au plus vite nous permettra surement à tou-te-s de gagner du temps et de l'énergie dans les luttes et ailleurs.

Si vous avez des témoignages à partager qui confirme ou infirme ce qui est dit dans cet article, n'hésitez pas à les mettre dans les commentaires. Il est souvent enrichissant de mêler la théorie généraliste à des expériences personnelles plus précises.



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